Miroir

       Les réclames publicitaires ne cessent de nous offrir une panoplie de produits supposément plus efficaces les uns que les autres pour changer notre apparence physique: lotions de bronzage, remèdes miracles contre la calvitie, crèmes pour dérider le visage (ce qui n'est pas mauvais pour les pince-sans-rire), gels de douche et huiles de bain pour garder une peau tendre et jeune, etc.

      On ne compte plus les salons de coiffure unisexes et multisexes, les salons de massothérapie, les gymnases de conditionnement physique, les centres de santé par les plantes, les roches, les bains, la boue, et je ne sais quoi. Je n'entre pas dans toute la quincaillerie des appareils pour se tenir en forme, des variétés de couches pour sauver les fesses du bébé, des savons qui calent ou flottent, des diètes pour maigrir ou engraisser selon le choix. Bref, l'apparence physique est devenue une véritable obsession.
       Le plus grand succès de ces publicités est d'avoir réussi à convaincre que l'on peut rester jeune en sauvant la face, c'est le cas de le dire. Mais on aura beau, comme la belle-mère de Blanche-Neige, demander à son miroir magique "qui est la plus belle" et se laisser berner par ses réponses fallacieuses, le jour viendra où Blanche-Neige nous fera revenir à la réalité que Racine exprimait dans son style classique: "Subir des ans l'irréparable outrage".

       Si on en juge par une lettre circulaire de saint Jacques datant du premier siècle, ce n'est pas un phénomène nouveau. Ce dernier utilisa ce souci esthétique pour convaincre ses auditeurs de la primauté de l'être sur le paraître:

"Celui qui écoute la Parole sans la mettre en pratique ressemble à un homme qui se regarde dans un miroir et se voit tel qu'il est. Après s'être regardé, il s'en va et oublie aussitôt comment il est".     Jc, 1, 23 - 24

Voilà le secret de l'eau de jouvence, d'une éternelle jeunesse:

      "Vivre pleinement ce que l'on est."