Spectacle de rue

   Chez nous, le premier juillet est devenu synonyme de déménagement pour le quart des québécois. On change de loyer pour toutes sortes de raisons, le plus souvent financières.

     C'est alors que commence le spectacle de rue. Voir les acrobaties accomplies pour descendre le réfrigérateur du deuxième étage, les trucs d'ingéniosité pour charger la camionnette du beau-frère ou la remorque qui en craque de tous ses ressorts, les nombreux parcours entre les deux loyers, ça vaut le meilleur carnaval.  J'ai vu des housses de plastique prendre leur envol comme des cerfs-volants, des matelas se replier en deux, voire même un fauteuil choir sur le pavé, faire quelques bonds et atterrir sur le capot d'une auto en stationnement. Vous voulez vous recréer? Placez-vous à l'intersection d'une rue achalandée d'un quartier défavorisé et regardez le défilé-spectacle qui vaut bien les gags du Festival du rire.

    Une chose m'a cependant bouleversé l'an dernier. Comme je regardais le spectacle, j'ai aperçu une famille installée dans la ruelle, en train de bouffer un hot dog et un gros coke à leur table de cuisine, pendant que le père installait une sorte de toile entre deux bureaux. Attiré par mes regards, il me déclara tout de go : "À soir, on va dormir icite, car le nouveau locataire nous a jetés dehors et on n'a pas trouvé un autre loyer..."

   
 Le soir, en rentrant chez moi, j'ai trouvé le spectacle du déménagement moins drôle...