On a été chanceux !
 
      À bien y penser c'est vrai qu'on a été chanceux. Si on regarde en arrière, c'est dur à croire qu'on ait réussi à vivre si longtemps.
      Enfants, nous nous promenions en auto sans ceinture de sécurité ni coussins gonflables et parfois même en passagers à l'arrière d'un camion à boîte ouverte. Nos jouets étaient peints de couleurs au plomb. Pas de couvercle de sécurité sur les bouteilles de médicaments. À bicyclette, pas de casque de sécurité. On buvait de l'eau directement des boyaux d'arrosage. Quelle horreur!
      On se faisait des "boîtes à savon" avec de vieux patins à roulettes et on se laissait aller sans freins dans les côtes. Après des atterrissages dans des buissons à quelques reprises et en usant nos semelles de cuir, on finissait par s'arrêter ! On jouait à des jeux dangereux et on se faisait mal : coupures, bosses, rougeurs et bleus, mais on réussissait à s'en sortir sans aller à l'urgence, seulement avec de la teinture d'iode. Et personne ne poursuivait l'autre pour "perte de jouissance de la vie" !









      Le matin, on partait à pied pour l'école et on en revenait quand les lumières de rue s'allumaient. Imaginez donc ça : pas de semaine de relâche ni de journées pédagogiques ni de congés de tempête de neige. Certains étudiants manquaient parfois leur année scolaire et devaient "doubler" la même classe. Les examens n'étaient pas pondérés pour compenser, quelle qu'en fut la raison.

      Pas de Nintendo, de Playstation, de jeux vidéo, de 104 canaux de télé, de cellulaires ni d'ordinateurs. Mais nous avions des amis et pour les voir, on se rendait chez eux sans même demander la permission à nos parents. Nos actions étaient les nôtres. Nous en supportions les conséquences. L'idée de se faire protéger par nos parents était inexistante car ils étaient du côté de l'autorité, C'est t'y pas effrayant !

      Ce fut une époque qui engendra des preneurs de risques, des "patenteux" et des inventeurs. On y apprenait la liberté, le succès, mais aussi la responsabilité ainsi que la défaite, sans "burn out" !

Le plus important, c'est qu'on apprenait à vivre en tenant compte des autres...