Le robot retraité
        Ça y est ! Me voila dans "le club des retraités". On m'a fait une belle fête, on a signalé mes 40 années de service dans l'entreprise et on m'a gentiment signalé que c'était maintenant le temps de me retirer pour faire place à des plus jeunes: félicitations, cadeaux, hommages, puis... "Salut !"

        Une fois toutes ces émotions passées, je me sens tout drôle, malgré tous les trucs appris aux cours de préparation à la retraite.

        On dirait que je me sens coupable de n'être plus obligé de me lever à heure fixe, de déjeuner à la course, de partir dans la circulation dense pour me rendre toujours au même endroit, à la même heure, avec les mêmes visages, devant la même tâche à remplir. Je me surprends à m'ennuyer de ma "robotisation" !

         Je réalise lentement que pour gagner ma vie, je m'étais laissé automatiser par un système, laissant les autres décider pour moi des horaires, des contacts, des tâches, des congés, des pauses-café, même des maladies autorisées ou pas.

          Je me sens tout embarrassé de me retrouver avec moi-même comme patron. L'autre jour, un ancien compagnon de travail me disait comme ça: "Je ne sais pas comment j'ai réussi à travailler pendant 40 ans.. j'arrive à peine à trouver maintenant le temps de faire tout ce que je veux réaliser".


 
          Prendre sa retraite, c'est peut-être ça: cesser de jouer au robot et commencer à vivre à son rythme, à sa fantaisie, à sa liberté
retrouvée... 

         Alors, que l'industrie pousse à fond sur la robotique, moi je suis à réapprendre à respirer, à vivre en homme  libre...

  Je redécouvre le goût de l'intensité profonde d'un café matinal siroté en regardant le bambin d'en face patauger dans une flaque d'eau... 

Vive la                       retraite!