Pissenlit

On m'en veut beaucoup!

Les maniaques de gazons verts ne peuvent me tolérer.

Je les comprends bien puisque je n'ai pas bonne réputation et que l'on se fie tellement à la réputation des gens. On dit beaucoup de mal à mon sujet. D'autres, à ma place, se cacheraient, se laisseraient envahir par un complexe d'infériorité ou se révolteraient à grand renfort de violence. J'ai plutôt pensé gagner l'amitié par la douceur, en faisant valoir mes qualités et en essayant de trouver ma place dans la famille des fleurs, tout en respectant celle qu'occupent les autres.

            Les botanistes me donnent des noms longs comme le bras. Ils m'auscultent de tout bord et de tout côté. Ils me mesurent et étudient mes moeurs, mais, si compétents qu'ils soient à mon sujet, ils ne remplaceront jamais la délicatesse d'un enfant qui me rassemble en bouquet pour m'offrir à sa mère. Le regard attendri d'une maman me fait oublier toutes les méchancetés des autres.

           Un jour, un amateur de gazon vert, de guerre lasse contre l'envahissement de mes congénères, lança un SOS au ministère de l'agriculture, faisant appel aux ressources de la science. On lui envoya une longue liste d'instruments sophistiqués, d'herbicides et de savantes techniques dites infaillibles pour se débarrasser de nous, fleurs de basse classe. Peine perdue: nous nous amusions à multiplier nos boutons de soleil avec enthousiasme et effronterie.

               Notre ennemi pensa au suicide comme solution ultime jusqu'au jour où il rencontra un vieux sage de son quartier à qui il raconta ses déboires:

- Pour tes pissenlits, il n'y a qu'une solution...

Apprends à les aimer...!