Ma vieille...
        "Quand on veut noyer son chien, 
              On dit qu'il a la gale"   (Proverbe)

      Elle est âgée, sa vue baisse de façon inquiétante, elle est déjà atteinte de surdité depuis deux ans et elle passe sa journée à somnoler sur le fauteuil qu'elle a adopté malgré mon regard désapprobateur. 

       Et lorsqu'elle s'étire avec peine et demande à sortir hors de la maison, ce n'est que pour quelques instants, à moins qu'elle décide, ressentant soudain un regain de jeunesse, de disparaître pour trente minutes. Elle me revient alors dans un état pitoyable, le poil cotonneux et les pattes sales pleines de brindilles de foin. 

       Une chienne de vie, quoi!, pour elle et... pour moi.

     Pourtant, lorsque je l'entends pousser ses longs soupirs, lorsque je vois ses yeux attendris me fixer affectueusement, je lui dis simplement en langage de chien:

  "Ne crains pas, ma vieille, tu vas terminer tes jours bien au chaud, paisiblement, car je n'ai pas oublié toutes ces années de fidélité où tu subissais mes sautes d'humeur sans mot dire, où tu m'accompagnais dans mes fantaisies, où tu m'attendais dans la voiture et prenais ma place pour la garder au chaud;
je n'oublie pas non plus ta présence silencieuse, tes attentes de mon retour sur le palier de la porte, ta joie exubérante au moindre geste de ma part.Ta fidélité est garante de ma fidélité..."

       Et c'est ainsi qu'après quinze ans, je continue à remplir son plat et son abreuvoir, à passer la vadrouille pour ramasser les moutons de poils blonds, à nettoyer le fauteuil usé et à lui ouvrir lorsque sa patte griffant la porte me fait signe. 

       Pauvre vieille, si tu pouvais parler, que de souvenirs agréables et parfois pénibles tu pourrais raconter.  Mais tout ça restera le secret de notre fidélité.


Ma vieille "Canelle" m'a quitté pour le "Paradis des chiens"
vingt jours après la rédaction de ce texte...
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