Sac originel
      Nos sociétés de consommation sont passées de la tendance du "prêt-à-porter" à celle du "prêt-à-jeter". Tout bien de consommation est fait pour être utilisé brièvement et relayé à la poubelle. Tout est fait avec un esprit de temporaire, d'éphémère. Je pense particulièrement aux sacs de papier jetés immédiatement après usage. 

    Mais mon attitude envers cet objet changea radicalement, influencé par le mot japonais "Ofoukouro". Cette expression est réservée au garçon pour désigner sa propre mère. Expression qui met en relief les qualités maternelles. 

    Un jour, je cherchais cette expression dans un dictionnaire japonais et quel ne fut pas mon étonnement de découvrir que les deux caractères qui la composent se traduisent littéralement par "noble sac". Je demeurai stupéfait. 

     Jamais dans ma culture québécoise, je n'aurais osé désigner ma mère par ces mots. À tout prendre, l'expression n'est pas si étrange. De fait, le sein est un sac, et noble il va sans dire! Mais sur le plan phonétique, le mot sac sonne étrange à l'oreille occidentale, il s'apparente à quelque chose d'utilitaire, de trivial même.

Gaston Petit - Itinérance en art.

    Dans notre peuple en voie de disparition par dénatalité, il faudrait peut-être promouvoir des politiques familiales orientées, non pas vers l'usage des sacs verts, oranges ou blancs pour la cueillette des ordures ménagères, mais plutôt vers le noble sac, l'Ofoukouro des Orientaux.

Un enfant, c'est le dernier poète
d'un monde qui s'entête
à vouloir devenir grand.

. . .

Et ça demande si les nuages ont des ailes
et ça s'inquiète d'une neige tombée.
*Ça s'endort de l'or sous les paupières
et ça se doute qu'il n'y a plus de fées.
                                             Jacques Brel