Assurance chômage

     C'est à peu près la seule assurance qu'il te reste, car tu sais qu'un bon jour ton employeur, dans une mesure de rationalisation de son entreprise, va te remettre ton "bleu". Lorsque tu as la chance de décrocher un emploi, tu peux être certain d'avance que ça va finir par le chômage.

     Il se passe des choses curieuses dans ce qu'il est convenu d'appeler le "monde du travail"... (car si tu ne travailles pas, tu n'es pas du monde!). D'abord, tu dois prouver que tu es meilleur que d'autres, non par une démonstration de ton savoir-faire, mais par un CV bien tortillé et présenté selon les normes. Puis c'est l'entrevue de sélection, la période de "training" (excusez: de formation de la main d'oeuvre), le début du travail et l'embrigadement syndical. Te voila dorénavant tout fin prêt pour le chômage. D'ailleurs, n'est-ce pas là ton but: retirer ces fameuses prestations pour enfin aller te faire bronzer en Floride...! Ne crains pas, ça ne tardera pas, c'est une question de quelques années tout au plus.

   Cette description caricaturale du marché de l'emploi recèle un de nos problèmes sociaux des plus cruciaux: la non-utilisation et la dévaluation des possibilités d'un être humain ou, pire encore, son rejet après son exploitation. Tous n'ont pas la compétence ni les ressources pour devenir travailleurs autonomes et c'est justement pour ça qu'existent ce qu'il est convenu d'appeler la solidarité humaine et le partage des richesses.

    Va-t-il falloir une autre révolution, moins "tranquille" celle-là, pour convaincre nos dirigeants d'entreprises et nos politiciens qu'on se foutre tous éperdument de la dette nationale et qu'on désire avant tout vivre de façon honorable et valorisante. Notre taux de suicide chez les jeunes devrait pourtant sonner l'alarme!

     Comme jadis, la foule réclame "du pain et des jeux". Des jeux, on en a à satiété, y compris les loteries éhontées, mais on n'a plus ce "pain quotidien, fruit de la terre et du travail des hommes"...? Il faudrait peut-être que le Seigneur revienne enseigner au Conseil du Patronat comment Lui s'y prenait pour embaucher des "ouvriers de la onzième heure"...