Nos Vieux

 

(André-Philippe Coté)
- Tu sais, Baptiste, j'ai eu beaucoup d'enfants!
- ...
- Mes enfants ont eu des enfants!
- ...
- Et les enfants de mes enfants ont eu des enfants!
- ...
- Mais, où sont-ils?
          Cette caricature me conduit à dresser un étrange bilan de la situation des personnes âgées. 

                On voit se multiplier les Foyers d'accueil pour les personnes retraitées autonomes, semi-autonomes et non-autonomes (comme le disent les annonces) avec tous les services médicaux, table soignée, activités multiples, messe (sic), ascenseur, etc. Sans doute avec ces bâtiments, nos aînés sont mieux logés... à condition qu'ils puissent s'en payer le luxe! 

On leur offre plusieurs activités : tournois de pétanque, base-ball poche, parties de cartes, bingos, petits voyages bien organisés. Les loisirs sont à l'horaire et quand l'horaire laisse des loisirs, on peut toujours s'occuper en flânant dans les centres d'achat autour du même café, avec les mêmes personnes âgées, se rappelant les mêmes souvenirs. 

Des écoles maternelles ont imaginé la rencontre des générations en invitant des "vieux" à visiter des jeunes, un peu comme si on voulait leur faire réaliser davantage la dure réalité de leur âge... : 

"Dernier amour de ma vieillesse, venez à moi, petits enfants;
Je veux de vous une caresse, pour oublier mes cheveux blancs..."

         La préretraite, idée géniale de nos gouvernants, permet également à ceux qui commandent un salaire trop élevé de se mettre sur une voie d'évitement où d'ailleurs rapidement l'ennui fait place à l'euphorie, pendant que les auteurs de cette bêtise crient à la pénurie. 

            Il serait facile de continuer la liste noire de cette mise au rancart de ceux et celles qui ont fait et font toujours la richesse d'une société. On ne remplacera jamais la sagesse et l'expérience par le libre échange, la mondialisation et tous ces autres gadgets de notre évolution sociale. 

             On a déjà dit qu'on évalue la grandeur d'une société à l'attention qu'elle porte à ses plus faibles et à ses aînés. Pour nous, l'évaluation devient facile puisqu'on remise nos richesses au garage ou dans des musées, au lieu de les utiliser à bon escient en respectant et profitant de leurs acquis. 

            Notre société de consommation, habituée au "prêt à jeter", se réveillera peut-être trop tard...