Anges cornus !

- Vite, Gabriel! Rassemble notre unité syndicale, car rien ne va plus. Saint Pierre parle de réduire notre salaire de 6% pour lutter contre le déficit de l'Église du Québec. C'est pour le coup qu'on risque de perdre notre statut angélique et tous nos bénéfices marginaux! On pourrait même inviter Lucifer: il pourrait mettre un peu de chaleur dans la négociation!

- Tu ne penses pas, Raphaël, qu'on est un peu vite en affaire. On ne connaît pas tout le contenu des propositions de l'État céleste, d'autant plus que les malades du purgatoire vont trouver notre geste pour le moins disgracieux, eux qui s'attendent à beaucoup moins que nous et pourtant gardent silence et prennent leur mal en patient...

      Mon rêve étrange s'est terminé je ne sais plus trop comment, mais à mon réveil je me suis demandé où était passée cette atmosphère du temps des fêtes où tout le monde s'embrassait avec effusion. Notre fraternité humaine me fait penser à une réplique que Racine mettait dans la bouche de Néron, dans Britannicus:
               "J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer!"

       Contraste frappant dans nos relations sociales entre le langage actuel et celui que propose le Dieu de Jésus par la bouche du prophète Isaïe: "J'ai fait reposer sur Lui mon esprit... Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n'entendra pas sa voix sur la place publique. Il n'écrasera pas le roseau froissé, il n'éteindra pas la mèche qui faiblit, il fera apparaître le jugement en toute fidélité" (Is 42, 1-4)

Je sais que les anges du ciel ont retrouvé la quiétude après une certaine nuit d'émotions alors qu'ils ont été rappelés à l'ordre d'annoncer aux terriens: "Paix sur terre aux hommes que Dieu aime!" Ils ont tous perdu leurs cornes, sauf Lucifer bien entendu, et la paix sociale est revenue au ciel.
Puisse-t-il en être ainsi sur notre pauvre sol humain !